Publié par : cedepa | novembre 26, 2011

Continuité écologique et qualité de l’eau

 

Continuité écologique, des proies au goût infecte.

  Les priorités :

On s’agite comme des puces en ce début de 21ème siècle au seul motif qu’il faut faire quelque chose sans toucher à l’essentiel. Evidemment, c’est la quadrature du cercle…Evidemment, bouger sans rien changer, cela limite le spectre d’activité

 On effleure l’écotoxicologie et on évoque à la marge la qualité de l’eau car le lobby de la chimie et de l’agroalimentaire sont trop puissants et les effets induits sur le milieu beaucoup trop complexes à solutionner. L’Etat décide donc ,dans le cadre de la DCE, par le biais des Agences de l’Eau, de saupoudrer quelques centaines de millions d’euros consacrés à l’aspect physique des cours d’eau…

La surpêche, la pollution et les produits chimiques dans nos rivières, on avisera plus tard…..quand il sera trop tard. On laissera à notre crédit notre profond attachement à la gestion et à la qualité de l’eau, mais telle est notre sensation sur la hiérarchie des priorités de ce début de siècle.

 En effet, le saumon, espèce emblématique, est en voie de disparition. Le thon rouge, le dauphin, le chinchard, l’anguille, l’alose .… de nombreuses populations au plus bas selon le CIEM (Centre International pour l’Exploration de la Mer)

 La méthode  ACA truquée (analyse coût/avantage)

Conscient que notre passion ne nous confère pas de compétence géopolitique, nous avons observé les arguments d’un peu plus près.

Il parait que des études d’impact doivent être menées avant l’arasement. Nous en avons consulté: analyses succinctes,  verbiages insipides ratissant large, de  “l’incision du lit“  en passant par  “la vie piscicole ou des sédiments qui polluent”  ou encore  “un comptage des frayères sur environ 1800 ml et un sondage du peuplement piscicole par pêche électrique ont été réalisés. Concernant les populations, aucun résultat n’est disponible mais l’ouverture des frayères laisse présager une recolonisation rapide des populations de salmonidés”. C’est scientifique.

On dépenserait grosso modo 300 000€ pour uniquement recréer quelques  frayères?

Et de lire plus loin au chapitre « valorisation de l’opération : rédaction d’articles ».

Aurions nous aussi une divergence sur ce que peut sous-entendre une « valorisation » digne de ce nom ?   Si on accorde le même intérêt aux quelques articles en faveur de l’arasement des seuils qu’aux très nombreux articles  évoquant leur intérêt patrimonial, économique et social, cela risque d’être une piètre valorisation.                        

 L’accusé est présumé coupable.  silence radio sur les avantages alors qu’il nous semblerait élémentaire d’engager une étude d’impact sérieuse intégrant les facteurs socio-économiques.

 La nuisibilité du statut ?

En fait, ce n’est pas l’étang qui est nuisible mais il se pourrait bien que ce soit son statut?  Nous connaissons de très nombreux lacs et étangs achetés voire créés par les Collectivités. Ces dépenses sont sympathiques à bien des égards.  Tel étang ou tel  lac  serait-il, depuis 2005, “ nuisible” entre les mains d’un  propriétaire privé, et concomitamment à son achat par une Association ou une Collectivité, il deviendrait un actif naturel précieux ?

 Etudes et consultations :

En 2011, on a les textes mais pas la connaissance. Inutile de s’étonner d’entendre des banalités affligeantes :  “l’eau s’évapore et se réchauffe dans un étang… les poissons ne peuvent pas effectuer la montaison avec des seuils infranchissables”…. Des truismes incontestables… mais les saumons empruntent bien la passe à poisson de Vichy ? Nous aurions édifié le viaduc de Millau et nous serions incapables d’équiper les rivières ? Il n’est jamais trop tard pour lancer des études tel cet appel à projets de recherche 2011 : « continuité écologique des cours d’eau et services rendus par les écosystèmes, en relation avec les vulnérabilités significatives que connaît le bassin de la Loire et ses affluents ». Les études ne profiteront pas aux seuils déjà arasés. Certains ont pourtant tenté de démontrer la valorisation potentielle de tel ou tel édifice mais n’ont pas été écoutés(1). On connait juste a posteriori le montant de la facture (travaux et honoraires). On ne connaîtra jamais ce que le seuil aurait pu rapporter à la société ni l’intérêt d’un lacher d’eau en période de sécheresse.

 Consultations  publiques : Il en existe. Souvent confidentielles. Quand nous sommes par hasard informé, les questions sont tellement fermées que ce que l’on aurait spontanément répondu sur un sujet donné ne correspond à aucune question.

  Consultation privée :   Comme il n’est tenu aucun compte d’une  consultation publique, mais  voulant en savoir un peu plus, nous avons demandé à l’Institut PISOS, spécialisé en pisciculture, d’effectuer une enquête approfondie. Sur un échantillon de 1000 poissons interrogés,  la question suivante a été posée:

 comment préférez-vous votre rivière ? (classez les critères suivants par ordre de priorité)

A – un substrat physique agréable,

B – une température fraiche constante,

C – une eau non polluée sans produits chimiques ?

 > à une écrasante majorité, toutes tailles et espèces confondues, la réponse « C » l’emporte.

 En commentaire annexé au rapport confidentiel de PISOS, les poissons nous expliquent : ” ils apprécient évidemment un cours d’eau agréable, mais quand un habitat ne leur plaît pas, non seulement cet habitat peut convenir à une autre espèce mais ils s’empressent de nous rappeler qu’ils savent se déplacer (2)… et d’ajouter : …sur un linéaire donné, nous finissons toujours par trouver un milieu propice…alors que la pollution, elle, invisible à l’œil est partout. Ils se plaignent de devoir manger des proies au goût infecte. Ils ont bien conscience d’accumuler dans leur chair toutes ces toxines dont l’homme se débarrasse dans la rivière et constatent que ces perturbations endocriniennes les rendent de moins en moins féconds”.

Conclusion : si on évoque l’écologie et la vie piscicole, il faut penser “nature” et ”poisson”  au lieu d’être persuadé que ce qui nous arrange est le bien. En imaginant éliminer tous les moulins, les grands barrages et étangs réunis, la DCE n’atteindra pas ses objectifs. Il faudra bien alors reconnaître que leur impact réel est marginal dans la dégradation de la qualité de l’eau… mais nous serons morts de soif.

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(1)  Au lieu d’une description “à charge” concluant hâtivement à une absence d’impact sur les tiers, en complément d’une étude quasi superflue de faisabilité (l’arasement est forcément “ faisable” puisque la construction l’a été !) avec un copieux cahier des charges, il faudrait élaborer un guide-âne sur feuillet A4 qui énumère tous les critères à considérer. Chaque point devant faire l’objet d’une estimation financière ; cette valorisation ne peut pas émaner d’un expert omniscient : chaque sujet doit être étudié par un spécialiste indépendant. A défaut, “une croix dans une case = un point”  n’a rien d’une méthode expertale sérieuse. Enfin, par analogie avec la démarche imposée à tout porteur de projet de construction, la décision du propriétaire du seuil à démolir n’est pas suffisante : il conviendrait de déposer un dossier de demande d’autorisation au titre de la loi sur l’eau, soumis à étude d’impact, enquête publique et consultation de toutes les parties pour éviter de sous-estimer les facteurs socio-économiques. Seule cette méthodologie devrait permettre au Préfet d’autoriser ou de refuser l’arasement.

(2) un brochet parcourt 15km les doigts dans le nez dans sa journée ; un saumon 40 à 50km à contre-courant (montaison) et une truite peut remonter 20km pour trouver une frayère.

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